Voici la réédition d’un article issu de mon premier blog. Il s’agit de l’explication du sentiment de culpabilité dans notre rapport à l’alimentation et de son influence sur notre poids…  

Avez-vous déjà vécu ce genre de situation ? En plein processus d’amincissement, alors que vous avez décidé de faire attention en mangeant sain et en faisant le moins d’écart possible, vous vous retrouvez en famille ou entre amis à accepter une part de gâteau… Puis vient ce moment où l’on vous propose une DEUXIÈME part… En l’acceptant vous vous dites « de toute façon pour aujourd’hui c’est foutu, je m’y remettrai la semaine prochaine ! ». Vous vivez parfois ces moments ? Où vous vous dites qu’au point où vous êtes, autant craquer jusqu’au bout !

Sachez que si vous vous êtes reconnue, que cette situation vous est familière, vous êtes loin d’être seule, car cet effet « foutu pour foutu » a été démontré par deux psychologues de l’université de Duke aux États-Unis et le sentiment de culpabilité s’est invité dans l’expérience.

L’étude et la découverte de l’effet « foutu pour foutu » :

L’expérience a été menée sur deux groupes de femmes qui suivaient un régime. Ces deux groupes de femmes (A et B) étaient invités à déguster des gâteaux et bonbons, sous prétexte d’étudier leurs goûts et l’impact sur leur humeur.

Dans un premier temps, les deux groupes A et B goûtent le gâteau et doivent boire un grand verre d’eau pour finir (ce verre procure un sentiment de satiété, de « ventre plein »).

Dans un deuxième temps, on apporte des bonbons au groupe A, en leur disant qu’elles pouvaient en prendre autant qu’elles voulaient et cela même si elles étaient au régime. Les femmes de ce groupe sont rassurées sur le fait que cette expérience n’aura pas grande influence sur leur poids et qu’elles ne devaient pas s’inquiéter.

Pour le groupe B, les bonbons sont apportés sans aucune indication.

A la fin de la dégustation, une moyenne a été faite sur le gramme de bonbons que chaque groupe avait mangé. Le groupe A qui avait été rassuré avait mangé en moyenne 28g de bonbons. Le groupe B lui comptait 70g en moyenne de bonbons consommés !

Se sentir coupable ça n’arrange rien, ça fait grossir !

Que s’est-il passé dans l’expérience pour que les femmes du groupe B aient consommé plus du double de bonbons que le groupe A ? Je pense que vous l’avez deviné, les femmes du groupe B ont tout simplement commencé à culpabiliser après la dégustation du gâteau. Et le verre d’eau a bien accentué ce sentiment ! Personne n’est venu les rassurer ce qui a enclencher le fameux effet foutu pour foutu.

Ce qui se passe plus exactement c’est que lorsqu’on ressent ce sentiment de culpabilité, c’est qu’on se sent mal. Mais la partie en nous qui cherche à nous protéger et à nous faire plaisir réagit instinctivement pour se libérer de ce sentiment désagréable. Pour les femmes du groupe B, quoi de mieux qu’un peu de sucré pour le cerveau pour apaiser tout ça ? D’après une étude, le sucre à un effet sensationnel similaire à la cocaïne sur notre cerveau…

Lorsqu’on cherche à mincir c’est la même chose, on a en tête des aliments « interdits » et dès qu’on est portée à les consommer… On se sent coupable. Et comme le corps a enregistré tout ce que l’on a mangé au cours de notre vie, on se souvient très bien de ce qui nous fait plaisir ! Comme les sucreries de notre enfance, les aliments gras etc. C’est un comportement humain et nous sommes beaucoup à réagir avec l’alimentation. Le plus problématique et on le voit dans l’expérience, c’est que ce sentiment nous pousse à manger beaucoup plus que si l’on avait été rassurée.

Mais c’est quoi exactement se sentir coupable ? Se sentir coupable c’est ressentir qu’on a mal fait, que la faute est sur nous. Néanmoins, est-ce qu’on est vraiment coupable ? A-t’on manger dans le but de grossir ou de détruire notre santé ? Non. Et c’est ce qui se passe en général, on n’a pas volontairement cherché les conséquences secondaires d’une action. Il est important de prendre conscience que se culpabiliser ne nous est pas utile.

La culpabilité pire ennemie de l’amincissement ? Oui et non

Il faut savoir que ce schéma nous a été utile et remonte à notre enfance. « Tu devrais avoir honte ! » cette phrase vous dit quelque chose ? N’avons-nous pas en majorité grandit avec la croyance que si on se sentait mal après avoir fait « mauvaise » action alors ça voulait dire qu’on était un peu une bonne personne et qu’on ne recommencerait plus ? Je veux dire que le sentiment de culpabilité nous a aidé à un moment et qu’il n’est pas intelligent d’être en colère contre vous-même pour vous en débarrasser. En général quand on n’accepte pas un comportement chez nous, il s’amplifie.

Mais alors comment se libérer de la culpabilité pour mincir ?

Moins vous vous sentirez coupable plus vous serez capable d’adopter facilement les comportements qui vous sont bénéfiques tout en profitant raisonnablement du plaisir de manger. Suite à la lecture de cet article vous avez surement pris conscience de l’inutilité de vous blâmer pour avoir manger un aliment qui n’était pas vraiment sain pour votre corps. Mais, cela ne veut pas dire que dès aujourd’hui vous n’allez plus jamais vous sentir coupable face à votre alimentation. C’est pourquoi j’aimerais vous apporter des pistes de réflexions et de changements plus efficaces que le « contrôle de soi » car vous répétez de ne pas culpabiliser à longueur de journée n’est pas une stratégie.

  1. Il est important de prendre conscience de toutes les fois où vous ressentez de la culpabilité face à l’alimentation.

    J’insiste sur cette étape parce qu’il est facile d’être dans le déni. J’ai eu des clientes qui dans une même phrase me disaient qu’elles ne se sentaient pas coupable et que leur façon de manger n’était pas correcte. Lorsque je posais la question elle me répondait « non non je ne me sens pas coupable, mais j’ai l’impression que peu importe ce que je mange ça ne va pas, ce n’est pas sain etc. » ou « non je ne me sens pas coupable… Mais cette après-midi j’ai mangé une glace… et c’est mal. ». C’est juste cela le sentiment de culpabilité, vous sentez avoir mal agis et vous n’êtes pas obligé de vous sentir envahi par le sentiment, ni de vous rouler en boule. Parce qu’une partie en vous* (encore la même) cherche à éviter que vous souffriez et va donc essayer d’atténuer le ressenti voire faire du déni pour ne pas du tout le sentir.
    Cependant, votre attitude vous mettra sur la voie pour prendre conscience de cette culpabilité. A chaque fois que vous entendez dire à haute voix ou intérieurement les expressions telles que : « Il faut que j’arrête de manger ceci » « Il ne faut pas que je mange trop de cela », « Je ne devrais pas me resservir », « c’est mauvais pour moi », »Je mange mal en ce moment », « Ce n’est pas bien mais je vais en reprendre un peu ! », « Je dois faire attention » sachez que vous êtes en train de culpabiliser.
    Ce que je vous conseille dans ces moments là c’est d’abord de vous laisser le droit de manger « mal », car plus vous vous interdirez de manger en culpabilisant plus vous mangerez. (cf: 28g vs 70g de bondons)
  2. Utilisez le comportement au lieu de le bannir.
    Utiliser le développement personnel pour mincir c’est interpréter vos comportements, prendre le message pour ensuite vous en libérer. Votre alimentation est le reflet de votre quotidien.
    Si vous vous rendez compte que vous culpabilisez souvent face à votre alimentation, c’est vraisemblablement le cas dans votre vie de tous les jours. Vous êtes surement du genre à juger, agir, réfléchir en fonction du bien et du mal, sans nuance mais avec beaucoup de rigidité que ce soit envers les autres mais aussi envers vous.
    Si la culpabilité fait des dégâts dans votre alimentation et votre poids, elle en fait aussi dans d’autres domaines de votre vie. Je vous donne l’exemple de la procrastination : plus vous procrastinez plus vous culpabiliser et plus vous avez du mal à passer à l’action. Et je ne parle pas du mal-être qu’on ressent lorsqu’on s’aperçoit avoir un comportement qu’on a diabolisé en le jugeant chez les autres …
  3. Adopter un discours intérieur bienveillant.
    Plutôt que de juger en terme de bien et de mal, essayez de le faire en terme de bénéfique POUR VOUS-MÊME et moins bénéfique (ou néfaste) POUR VOUS-MÊME. Lorsque vous mangez un aliment « non sain » vous pourrez alors adopter ce genre de discours intérieur : « cet aliment n’est pas bénéfique pour moi, car je ne crois pas que mon corps en ait besoin » Ensuite prenez une décision de le consommer ou pas tout en connaissant les conséquences dans les deux cas. Le plus important est surtout de vous accepter dans les deux choix. Parfois vous serez aptes à vous donner le meilleur, d’autres fois vous préférerez répondre à des besoins de gourmandises ou vous faire plaisir au plan émotionnel/mental. Plus vous vous donnerez le droit de ne pas toujours répondre à vos besoins plus ce sera facile de changer vos comportements néfastes en bénéfiques, parce qu’on agit plus facilement dans la bienveillance que sous la pression.

J’ai remarqué que la méthode des régimes (basée sur la restriction calorique) pousse à se sentir coupable. Cette culpabilité peut-être présente si vous ne faites pas de régimes à proprement parlé mais, si vous faites des rééquilibrages (suivis ou par vous-même). Pourquoi ? Parce qu’on a tendance à croire qu’il existe des aliments qui font grossir, qu’il faut se contrôler pour ne pas trop manger, et que la discipline revient à agir avec rigidité pour éviter tout débordement. J’ai observé qu’agir avec maîtrise plutôt que par contrôle était bien plus efficace et beaucoup moins douloureux pour évoluer que ce soit dans le domaine de l’alimentation ou pour se développer personnellement. Chercher a maîtriser son alimentation ou son corps, c’est agir avec discipline tout en respectant les besoins et les limites de son corps.

Connaissez-vous ces limites et besoins ? Êtes-vous connectée à votre corps ? Savez-vous communiquer avec lui ?

*la partie en nous qui tente sans cesse de nous protéger de la souffrance s’appelle l’égo. C’est une partie de notre conscience créée durant l’enfance pour nous éviter de revivre des situations qui nous ont blessées à différents degrés.

Sources & réflexions : Instinct de volonté – Kelly Mcgonigal, Conférence David Lefrançois (35:00 »), Article Lise Bourbeau « vous sentez-vous coupable »